Les frères Ispir, l'énergie de la jeunesse
Les concerts de 18 heures du Festival de Musique de Menton, au Palais de l'Europe, régalent le public en lui faisant découvrir de jeunes talents exceptionnels.
Le Duo Ispir réunit Léo au violoncelle et Luka au violon. Les deux frères sont lauréats de la Fondation Gautier Capuçon. Ils se produisent à Menton au lendemain du concert de leur mentor.
Mais ce concert ne suit pas tout à fait la trajectoire prévue.
L'ordre du programme est modifié. Léo et Luka Ispir prennent le temps de commenter les œuvres qu'ils vont interpréter. Le contact avec le public s'établit immédiatement : celui-ci se laisse instantanément séduire par la spontanéité, la fraîcheur et l'enthousiasme des deux frères.
Leur interprétation sensible révèle une belle complicité. Chaque pièce devient un dialogue expressif, empreint d'émotion et de naturel.
Si le duo de Mozart peine à convaincre, le troisième mouvement de la Sonate de Ravel et le Duo de Kodály, fortement marqué par le folklore hongrois, conviennent parfaitement au tempérament des deux frères : inventif, débordant d'enthousiasme et d'énergie.
Puis vient la Passacaille de Halvorsen, inspirée de la Suite pour clavecin en sol mineur de Haendel, l'une des pièces les plus emblématiques du répertoire pour violon et violoncelle. Les frères Ispir donnent vie à cette œuvre redoutablement virtuose et nous transportent dans un monde de sonorités envoûtantes.
La virtuosité est ici vertigineuse, portée par une énergie qui ne faiblit jamais. Quelques imperfections affleurent, mais elles restent sans conséquence sur l'élan des deux musiciens. Leur interprétation privilégie la fougue et la spontanéité, quitte à prendre quelques risques, plutôt que de sacrifier l'intensité du moment à une exécution trop sage. Cette liberté donne à la Passacaille une énergie communicative et une vivacité qui emportent littéralement le public. Une interprétation passionnante, riche en émotion et en nuances.
Cette même spontanéité réapparaît au moment des bis. Les deux frères demandent d'abord au public s'il préfère entendre Bach ou Ravel. Le Prélude de Bach, initialement prévu en ouverture, retrouve finalement sa place, avant que le dernier mouvement de Ravel ne fasse exploser une dernière fois l'énergie du duo.
Le concert s'achève exactement comme il avait commencé : en refusant de suivre le programme.
En 2000, Gautier Capuçon faisait ses débuts au Festival de Menton aux côtés de son frère Renaud. Vingt-six ans plus tard, les frères Ispir écrivent à leur tour une première page à Menton. Souhaitons à Léo et Luka une carrière aussi brillante que celle de leurs illustres aînés.